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MUSIQUE SACREE - MUSIQUE RELIGIEUSE

Article paru le vendredi 7 mars 2008 sur le site http://afiavi.free.fr (cultures d’Afrique, cultures du monde)

avec leur aimable autorisation.

L’association des termes musique et religion à propos de l’Afrique ne peut a priori avoir qu’une valeur informative. L’usage de la musique par la religion et la recherche par la musique de l’inspiration sur le terrain religieux ne sont plus à démontrer. Le rapport des deux domaines semble depuis des siècles si étroit qu’on a peine à croire que l’un existât sans l’autre. En dehors de l’Islam qui mène un débat depuis toujours sur la place de la musique dans la pratique proprement religieuse, la musique et la religion semblent former un couple homogène.

Le terme " musique sacrée " est souvent un terme générique qui englobe pêle-mêle tout ce qui se chante et se joue dans les lieux de culte. Mais il est nécessaire de faire une distinction entre le " chant " et la " musique " et, en Afrique, entre le chant et le son du tam-tam. Mais pour faire vite on peut dire qu’est musique religieuse celle qui, tant par l’intention de l’auteur que par le sujet et la fin de l’œuvre, vise à exprimer et à susciter des sentiments pieux et religieux, et par conséquent " aide grandement la religion ". Les chants populaires nés spontanément du sens religieux dont l’homme est doté et qui, par conséquent, est universel et fleurit parmi tous les peuples peuvent être également de la partie. En principe l’on n’admettra dans le cadre sacré que les musiques qui ne contiennent rien de profane et ne produisent pas, même dans leurs formes extérieures, l’allure des morceaux profanes. Sauf que si ce critère était implacable, la musique religieuse se réduirait, du moins en Afrique, à bien peu de chose.

Nous nous proposons de jeter un regard à la fois diachronique et synchronique sur les rapports que la religion entretien avec la musique en Afrique. Le singulier ne doit pas tromper en ce qui concerne la nature de la religion. Au-delà du regard global que nous venons de poser sur toutes les religions en tant que telles, il s’agira ensuite, bien sûr, de visiter chacune d’entre elles pour voir le lien spécifique qu’elles entretiennent avec la musique.

Les religions traditionnelles africaines et la musique.

Parler de musique sacrée à propos des religions africaines est sujet à caution. Certains préfèrent ne parler de musique sacrée en Afrique qu’à propos des religions du livre et notamment à propos du christianisme. Ainsi veulent-ils la voir débuter après la colonisation. Il est effectivement difficile de parler de musique sacrée dans la religion traditionnelle sans prendre des précautions. La première concerne la notion même de religion traditionnelle. Qu’est-elle ? Un ensemble de pratiques fétichistes et magiques autour d’objets faits de mains d’homme, un rapport à Dieu par l’intermédiaire des esprits des ancêtres et des forces de la nature ou encore la vie sociale célébrée dans son déploiement temporel en lien étroit avec le transcendant ? Elle participe un peu de tout cela. Mais à y regarder de plus près, la religion traditionnelle africaine a d’abord une fonction sociale de structuration et de moralisation. En ce sens, toutes les cérémonies traditionnelles ne peuvent être séparées du sacré, même si elles conservent par ailleurs un caractère profane relatif. Si on ne veut voir dans la religion traditionnelle que certains gestes comme les sacrifices, on ne verra guère la musique y prendre une place. Encore que certains sacrifices se font en chantant chez certains peuples.

La deuxième précaution vient de la vision qu’on a du sacré et du profane. Si on entend par “sacré” ce qui a explicitement rapport au religieux, on ne verrait que très rarement la musique dans le champ religieux, vu que le chant purement religieux est rare dans les pratiques religieuses. Par contre on ne peut pas nier déjà qu’il y ait des rythmes de tam-tam purement sacrés. On peut arguer que ces rythmes appartiennent également au répertoire de la musique " profane ". Cela est vrai aussi. Mais comme pour tout le reste il ne semble pas judicieux d’établir une séparation radicale entre les deux espaces qui, chez la plupart des peuples africains, se juxtaposent et interagissent. Cela étant dit, essayons de voir le rapport que religions traditionnelles et musique entretiennent.

En Afrique le chant est depuis toujours associé aux circonstances de la vie : naissances, deuils, jeux, prières, travaux, guerres, amour… La musique est présente à tous ces moments clés de la vie sociale des peuples non seulement comme vecteur participatif au rassemblement mais aussi comme canal informatif sur la nature du rassemblement. Chez plusieurs peuples, la musique traditionnelle est si diversifiée que chaque rythme est empreint d’une valeur symbolique. Le tam-tam parle et s’écoute, il n’incite pas seulement à la danse. Ainsi quand l’occasion est festive comme pour le mariage, la nomination d’un nouveau né, les premiers sons du tam-tam le font savoir. Lorsque c’est le deuil, on le sait aussi. C’est également la musique qui annonce les étapes du déroulement des cérémonies. Chez les Moba du Togo par exemple, toutes les étapes d’une cérémonie funéraire depuis l’annonce de la mort jusqu’à l’enterrement et les autres manifestations qui vont suivre jusqu’à la sortie de deuil, sont ponctuées par des rythmes différents qui les annoncent et en sont le signe. Lorsqu’on est à l’étape du lavement d’un cadavre par exemple, tout le monde l’apprend au son du tam-tam. C’est la même chose pour les cérémonies d’initiation, de mariage, de sacrifice, des prémices… On peut ainsi suivre à distance toutes les étapes d’une cérémonie traditionnelle.

La musique bénéficie donc d’une grande place dans les pratiques traditionnelles et c’est par ce biais qu’elle a rapport avec les pratiques religieuses. Ceux qui limitent la religion traditionnelle africaine à un ensemble de pratiques fétichistes à caractère diabolique en la sortant du champ social qu’elle structure, ceux-là ne verront en effet la musique remplir qu’une fonction ludique. Il n’y a pas de religion traditionnelle qui se tienne en dehors des cérémonies traditionnelles qui rythment la vie sociale et le temps anthropologique. En dehors de ce cadre général, il faut évoquer le cas particulier des peuples chez lesquels la musique ne fait pas qu’accompagner la cérémonie mais fait partie intégrante des étapes de déroulement de cette dernière. C’est le cas par exemple des cérémonies Atigali et Blekètè au Togo et de vodou dans les pays côtiers du golfe du Bénin. Les fétiches ou les esprits prennent possession des personnes à travers lesquelles ils vont se manifester (vodussi) au rythme du tam-tam qui les appelle. Il s’installe alors une sorte d’ambiance euphorique au cours de laquelle l’esprit pénètre dans la personne de son choix en provoquant chez lui une violente transe. A travers la danse, les dieux se manifestent lors de la transe et dans la prise de possession au cours des cérémonies du vodou.

La danse et la musique remplissent une fonction décisive dans la configuration symbolique du lien avec la divinité. La danse est à la base d’un rapport physique entre l’homme et la divinité. Lors de la danse cérémonielle s’instaure un processus de conquête-récupération du corps dont l’homme cesse d’être le propriétaire, et ce processus se réalise par l’intermédiaire du tambour, afin qu’ils viennent s’incarner dans les corps de leurs fidèles. Chaque rythme de tambour est censé correspondre à un dieu bien précis. La danse apparaît alors comme moyen de communication avec les ancêtres et les dieux. Il serait cependant faux de prétendre que toute la musique traditionnelle est sacrée. A côté de sons et de rythmes qu’on ne peut jouer en dehors de circonstances qui s’y prêtent, il y a la musique à caractère purement ludique qui s’invite d’ailleurs, sans offusquer personne, dans les cérémonies traditionnelles. Elle se distingue par son caractère festif et son invitation à la danse. C’est cette dernière caractéristique qui a conduit aussi à l’adoption de certains rythmes réservés aux occasions religieuses dans les milieux festifs. Ce qui fait que certains rythmes qui étaient au départ strictement réservés ont désormais un double emploi. Ce double emploi traduit bien la remarque que nous faisions plus haut concernant la superposition, voire l’homogénéité des espaces.

Religions étrangères et religions traditionnelles : rencontres et influences

Si la musique traditionnelle africaine est une musique sacrée sui generis, la musique sacrée chrétienne et musulmane est née de la rencontre entre la tradition africaine et la liturgie religieuse. L’évolution historique de la musique sacrée est indissociable de l’histoire des peuples. Alors que l’évangélisation de l’Afrique subsaharienne date de plusieurs siècles, la musique sacrée chrétienne proprement africaine ne date que de quelques décennies. Le rapport de la musique africaine à la religion tel que nous sommes capables de le décrypter aujourd’hui, remonte au lendemain de la décolonisation. Les plus anciennes manifestations musicales datent du début des années 1970 lorsque, pour entériner la réforme liturgique initiée par le Concile, certaines églises d’Afrique ont osé introduire dans la liturgie des chants, des rythmes et même des danses du terroir. Mais avant cette œuvre d’inculturation et pendant que le latin était encore langue officielle de l’Eglise catholique et la langue liturgique par excellence, les missionnaires s’étaient vu obligés, pour des besoins d’évangélisation et de pastoral, de traduire les chants liturgiques existants dans les langues locales. Certains ont même dû traduire les chants de leur propre langue d’origine. C’est le cas des missionnaires Allemands qui ont traduit la plupart des chants allemands en éwé du Sud Togo adopté plus tard comme langue liturgique. C’est ce que feront à leur tour les Français dans les différentes langues du Nord à partir des années 1930.

En ce qui concerne le catholicisme, avant Vatican 2, et bien que le besoin se fit sentir d’adapter le christianisme aux réalités locales des différents peuples, on a soigneusement tenu à l’écart toutes les traditions africaines considérées, par ignorance, comme diaboliques. C’est donc au début des années 1970, après le voyage que le pape Paul VI effectua à Kampala et au cours duquel il incitait les Africains à " être authentiquement chrétiens et authentiquement Africains ", que des initiatives ont été prises dans le sens de la composition des chants liturgiques dans les langues locales des peuples. Pour cela, les chrétiens africains n’ont pas d’abord cherché à inventer un genre nouveau. Ils se sont contentés de reprendre les airs populaires existants, en leur donnant un sens nouveau. Les chants religieux et toute la musique religieuse étaient calqués sur les chants traditionnels. Les parties festives de la liturgie ont repris les airs joyeux de la musique traditionnelle et les parties méditatives, les airs spécifiques de la religion traditionnelle. Somme toute, la musique traditionnelle a porté et nourri la musique chrétienne. Aujourd’hui encore la musique sacrée chrétienne n’a pas pu créer ses propres rythmes. Dans les campagnes par exemple, les airs sont encore très traditionnels. Par contre les airs s’écartent de plus en plus des airs traditionnels surtout avec l’influence de la polyphonie, des chorales et du Gospel. En ce qui concerne l’Islam, l’Afrique n’a pas une spécificité. L’art sacré est toujours en discussion chez les Musulmans. La musique n’a pas pu y prendre une place prépondérante comme au sein du christianisme par exemple. Dans la plupart des cas, l’usage de la musique se limite à la récitation du Coran qui se fait de façon plus chantée que parlée surtout quand on se retrouve en communauté. C’est sans doute pourquoi " la musique religieuse " musulmane reste dominée par l’usage de l’arabe.

On trouve néanmoins ici ou là l’usage des langues locales dans les chansons religieuses composées, non pour la prière elle-même, mais pour les occasions de rassemblement des fidèles. En effet, en dehors des moments de prière où le chant à proprement parler n’a que rarement place, la plupart des cérémonies réligiosico-sociales (mariage, circoncision…) connaissent l’exécution des chants religieux à la gloire du Prophète. Ces chants et danses sont faits non pour leur valeur proprement spirituelle mais parce qu’ils rehaussent l’ambiance de la circonstance. Ils sont repris, comme dans le cas des chrétiens, sur le modèle des airs et rythmes existants dans les cultures locales, même si l’influence arabe et orientale est encore perceptible.

Le Gospel à la croisée du sacré et du profane.

Si les églises catholiques ont parcouru un long chemin pour arriver à une musique proche des fidèles africains, les églises protestantes ont eu moins de mal. Non seulement elles ont introduit les instruments traditionnels dans leur liturgie dès ré-interprétation des cantiques protestants blancs, par les Africains déportés vers les Etats-Unis entre le 17è et le 19è siècles, et qui s’est imposée par la suite dans tout le monde protestant anglophone. Au Togo, les missionnaires étant Allemands, puis français, l’influence était plutôt européenne pendant longtemps. C’est plus tard que le Gospel a été adopté. Le Gospel, musique d’évangile, qui était une musique de recueillement, chantée à l’origine sur un ton plus émotionnel, s’est transformé au sein des églises noires africaines en chants de célébration, de joie, d’exhortation et de communion entre le prédicateur (le pasteur) et sa congrégation. Le gospel a gardé le lyrisme de l’évangile qui appelle souvent à l’obéissance à Dieu et au refus du péché pour obtenir le royaume du ciel en récompense.

Mais le gospel est surtout un chant de célébration de la foi et de l’amour de Dieu. C’est un chant qui repose sur les voix d’une chorale, entonné à l’unisson ou mené par un chanteur principal. Les chansons sont exécutées avec un enthousiasme fervent et une énergie insufflée par l’inspiration spirituelle. Elles laissent une grande place à l’improvisation et aux vocalises en solo. Pendant longtemps le gospel est resté confiné dans les églises. C’est au début des années 1980 que des orchestres dits chrétiens chantant le gospel ont fait leur apparition à la faveur de l’explosion des églises indépendantes. Peu à peu il s’est affirmé à côté de la musique profane comme musique populaire qu’on chante et danse dans les mêmes occasions. Ce n’est donc pas parce que le Gospel plonge profondément ses racines dans les traditions africaines qu’il a été vite adopté en Afrique. C’est son côté résolument festif et rythmé qui l’a rendu populaire. Aujourd’hui, vu le nombre croissant des églises de " réveil " et des groupes de prière, on peut estimer à des milliers le nombre de ces orchestres. Beaucoup d’entre eux sont attachés à des églises, animant les cérémonies et les cultes parallèlement aux productions dans des lieux moins sacrés.

Du chant religieux populaire interprété lors de la célébration des offices, le gospel est donc progressivement sorti de l’église pour monter sur scène. Les chants sont devenus œuvres d’auteurs qui en tirent gloire, pouvoir et profits. Ils empruntent certaines ressources aux musiques profanes et à leurs instruments (batterie, mais aussi cuivres puis guitares électrifiées). Le gospel song se sécularise rapidement et s’adapte aux exigences commerciales dans un monde où la radio devient outil de diffusion. Ce passage a été facilité également par le fait que les Afro-Américains, à la suite des Africains, n’ont jamais séparé le spirituel du temporel. Chants de travail (work songs) et de fêtes traditionnelles se sont toujours mêlés, se nourrissant mutuellement. Aujourd’hui, le gospel est aussi chanté dans les lieux de culte que sur scène. Il est autant composé par des croyants que de non croyants tant et si bien qu’à l’heure actuelle, il n’est pas facile de tracer une ligne de démarcation entre la musique profane et la musique religieuse,surtout sur le plan du son, de l’orchestration et de chorégraphie. Les deux genres convergent, utilisent les mêmes instruments, les mêmes accords, les mêmes rythmes, les mêmes sources. La tendance actuelle est au rythme et à la cadence appelant le même gestuel et le même comportement de surface. A peine implanté, le gospel est devenu un sérieux concurrent de la musique profane que d’aucuns voient en sérieuse baisse.

Du Togo au Congo

Depuis plusieurs années un festival lui est consacré réunissant tous les grands noms du gospel africain. La dernière édition qui s’est tenue en 2004 au Bénin a encore témoigné de l’importance du phénomène. Le Gospel s’est tellement imposé comme musique populaire à part entière, qu’il a investi tous les festivals de musique africaine. Dès 2002, le Gospel faisait partie des différentes catégories de musiques présentes aux Koras en Afrique du Sud. En 2003 le gospel s’est invité également au festival panafricain de musique à Brazzaville (l’équivalent du FESPACO pour le cinéma africain). Plusieurs pays comptent chacun, au moins, une dizaine d’artistes qui se consacrent au Gospel. Dans certains pays comme la République Démocratique du Congo et le Togo, la tendance est à la généralisation. Certaines figures ont acquis une envergure internationale. C’est le cas de Makoma, le groupe religieux congolais qui s’impose comme l’un des ténors de la musique africaine actuelle. Précurseur d’un gospel moderne, il mène aujourd’hui une trépidante carrière internationale. Show de la foi, Makoma enflamme l’Afrique et le monde. Le groupe religieux, Kora du meilleur groupe africain 2002, s’est taillé une place parmi les grands artistes du continent. Vivant à Rotterdam (Pays Bas), les cinq frères et sœurs et leur ami Patrick sont tous congolais (RDC) et déchaînent les foules à chacun de leur concert. C’est également le cas de Dupe Olulana du Nigéria, de Queen Etémé Cameroun, de la chorale Notre Dame de la Salette de Koula-Moutou au Gabon élue, en 2004, aux Koras en Afrique du Sud, meilleur groupe gospel africain, de Deborah Fraser de l’Afrique du Sud, de Cindy Thompson : la révélation du gospel ghanéen, du groupe Eben Ezer du RDC, de Guehi Léon, alias O’Nel Mala de la Côte d’Ivoire, et bien d’autres encore. Des gens comme Dupe Olulana du Nigéria en sont à leur16è albums. Cela montre combien la musique religieuse connaît un succès pour le moins éclatant sur tout le continent noir.

Chants religieux au hit parade !

Il faut dire que pour faire face à cette nouvelle notoriété et pour se maintenir dans la concurrence, le gospel a dû s’ouvrir à d’autres genres musicaux en intégrant toujours plus l’ambiance et l’invitation à la danse. Rien dans la vibe ne distingue Makoma des groupes de R’n B américains, et pourtant c’est un groupe religieux. Coller des chants religieux en lingala sur du R’n B et du rap, étonnant mélange ! C’est à ce prix que Makoma est en train de prendre la tête de la musique africaine en mettant de côté Koffi Olomidé, Méwé, Angélique Kidjo et les autres grandes figures africaines de la musique. Makoma n’est pas seulement là pour chanter Dieu. Il veut aussi et surtout inviter à danser pour lui ou tout simplement pour le plaisir personnel. Et il y arrive assurément. Le deuxième exemple remarquable de cette modernisation du Gospel reste celui de deux ivoiriens. Tout d’abord Guehi Léon, alias O’Nel Mala, qui s’est imposé, en quelques années, comme l’une des figures incontournables de la scène musicale africaine en choisissant de créer un genre qu’il appelle "Afrifusion ", un genre musical qui s’inspire des rythmiques et mélodies traditionnelles qui sont adaptées à la modernité dans toutes ses composantes : reggae, groove… Ensuite Erick Didier qui fait du zouk religieux ! C’est bien connu, le zouk est une musique qui chante l’amour.

Le zouk est symbole de sensualité. Une musique suave et charnelle dont la danse, couples enlacés, peut s’avérer des plus torrides. L’artiste ivoirien ne chante pas celui des femmes mais celui de Dieu. Son premier album, "Inonde moi ", est un prêche original et savoureux qui n’a rien à envier aux productions zouk classiques. Une vraie force rythmique, de celles qui vous donnent irrémédiablement envie de danser. Un autre exemple frappant (la liste n’est pas exhaustive) est celui du groupe Eben Ezer qui adapte le gospel à l’air du temps à travers R’n B,rap, 2 steps (courant musical dont l’artiste britannique Craig David est la figure emblématique) et s’affiche comme artisan de l’urban gospel épicé et résolument contemporain. L’orientation actuelle quant au contenu montre par ailleurs la tendance à la substitution du champ. Le gospel qui puisait à l’origine presque exclusivement son inspiration dans la Bible tire largement ses sujets du champ social marqué par les guerres,les crises, les maladies… La parole politique n’étant pas prenable par tous, la religion a investi le champ social aux travers de la musique. Les chants religieux dénoncent, mettent en garde, distillent la parole d’espérance, consolent et apaisent. Si la religion a toujours entretenu un rapport étroit avec la religion en Afrique, ce lien n’a jamais été autant visible qu’aujourd’hui. Cela vient non seulement de la tournure qu’a prise le sentiment religieux depuis les années 1990, sentiment toujours vivace mais exacerbé en ces années par la prolifération des sectes et des églises indépendantes. Cela vient aussi sans doute du rôle des médias, notamment des radios qui ont constitué un pont jeté entre la religion et la musique. Cela vient enfin de la récupération par les artistes d’un genre musical qui tend à s’imposer sur le terrain artistique au même titre que le Ndombolo, le Mapouka, le Makossa et autres musiques profanes et d’animation africaines.

La musique religieuse connaît aujourd’hui un véritable engouement. Elle est en passe de devenir la musique la plus écoutée. On la programme dans les boîtes de nuit comme toute autre musique dansante, on organise des concerts et des tournées qui attire de plus en plus le public mieux que ne le ferait les genres musicaux classiques. La force de la musique religieuse africaine réside dans sa capacité à intégrer des éléments à la mode (du point de vue rythme, orchestration, clips…) tout en conservant l’orientation générale : musique religieuse. Car c’est parce que c’est religieux que cela mérite attention et connaît un succès !

Etienne Damone

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